Arbres remèdes du verger


Au verger sont cultivés le pommier et le poirier dont les fruits servent à garnir la table : fruits à couteau, cidre, poiré, vinaigre. Mais ils procurent également des remèdes simples aux petits maux de tous les jours, aux hommes comme aux bêtes…Extrait de 'Plantes remèdes en Pays d'Auge', Montviette Nature, mars 2005.

Coeur de pomme

De l'usage des pommes

Dans le département de la Manche, pour ne pas avoir de maux de dents, les enfants allaient à la messe avec une pomme dans la poche. Ils priaient alors Sainte Appolline qui avait eu les dents arrachées, et en revenant de l'office dominical, devaient manger la pomme. D’après l’ouvrage ‘Le chirurgien navigant à bord des navires négriers armés à Honfleur au XVIIIe siècle’, pour lutter contre le scorbut, des légumes étaient cultivés sur le gaillard arrière et des pommes étaient embarquées pour les longs voyages. Les bovins sont friands de pommes, mais cela leur joue parfois des tours ! A Pont l’Evêque, quand une vache s’empomme, on lui donne de l’huile et on pousse dans la gorge avec le manche du fouet. Elle dégueule alors sa pomme.

Piqûres de guêpes

Le cidre et le vinaigre

Les produits issus de la transformation des pommes sont aussi des remèdes très utilisés. Ils sont disponibles à la ferme toute l’année. Le cidre est appliqué sur les piqûres de guêpes, le vinaigre de cidre apaise les coups de soleil. Pour passer le mal de tête, quelques gouttes de cidre sont mises sur un mouchoir en compresse. Une autre solution consiste à frotter les tempes avec du vinaigre et pour un malaise, c’est derrière les oreilles. On attrape les guêpes et les mouches en laissant du cidre dans une assiette avec un peu d’eau. Et pour empêcher les abeilles d’entrer dans une pièce, du vinaigre y est pulvérisé. Si le vinaigre est apprécié en rinçage parce qu’il rend les cheveux brillants, il est aussi utilisé pour éliminer les poux pendant la guerre. ‘A l’école, on nous en appliquait sur la tête’, témoignage de Saint André d’Hébertot (14).

Le fourchet du bovin

Pour soigner les bêtes

Les produits du verger ne soignent pas seulement les humains. Ainsi ce ‘remède de bonne femme’ plusieurs fois relaté dans nos enquêtes : ‘Pour le ‘fourchet’ des bovins, il faut se lever avant le soleil, pour que les bêtes soient encore couchées. ‘Lever’ la motte de terre sur laquelle la bête a mis sa patte malade et la mettre dans la fourche d’un pommier. Plus la motte sèche vite, plus le fourchet disparaît vite’. ‘Soigner’ les poussins avec du pain trempé dans du cidre, cela s’appelle faire ‘la piquette’. Au moment de la fièvre aphteuse en 1952, les paysans badigeonnent de sel et de vinaigre la bouche de la vache atteinte. Du cidre chaud est donné aux vaches pour les aider à délivrer.

Dans la niche du chien

Les autres arbres

Dans le verger, les pommiers et poiriers côtoient d’autres arbres remèdes. Ainsi les queues de cerise en tisane sont connues pour faire pisser. Les recettes sont nombreuses pour aider à faire passer les repas. Les coings produits par le cognassier sont récoltés fin septembre ou début octobre. Ils servent à la fabrication d’une gelée donnée aux petits enfants qui ont des diarrhées. Avec les pelures des fruits, on confectionne une liqueur de coing très parfumée qu’utilisent les plus grands pour le même usage et pour mieux digérer. Les feuilles sèches de noyer servaient de litière dans le fond de la niche du chien. Elles éloignent les puces et les fourmis.