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Histoires de roses en Normandie |
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Dans les jardins les plus somptueux de Normandie, ou dans les modestes bordures des petits jardins ruraux, les roses fleurissent pour leur beauté et leur parfum, mais aussi pour soigner, célébrer les fêtes…
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 Un modeste jardin |
Le jardin de l’Evêché de Lisieux
Au milieu du XIXème siècle, le jardin de l'Evêché de Lisieux est entièrement planté de roses prestigieuses. Plus de 300 variétés y sont réparties selon un ordre qui a soigneusement été noté par Arthème Pannier, membre de la Société d'Emulation. Beaucoup de ces roses sont des obtentions des célèbres rosiéristes caennais : Pierre Oger et Gustave Thierry. Mais ce ne sont pas ces roses aux noms prestigieux comme ‘Ile de Bourbon’, ‘Prince Albert’, ‘Olivier de Serres’, ou ‘Gloire de Dijon’ qui connaîtront les destinées les plus durables en Normandie. Les histoires les plus attachantes se rencontrent souvent dans les jardins modestes, où parfois n'est cultivé qu'un simple rosier. |
 La rose de deuil |
Des roses de fêtes
Au jardin où elles sont cultivées pour les fêtes de la paroisse, les roses portent des noms populaires liés à leur usage. A Grandmesnil et à Jort nous avons recueilli un petit rosier, de moins d'un mètre, à petites fleurs doubles d'un blanc pur, nommé ‘rosier de l'Ascension’. Des pétales de roses étaient répandus par les enfants sous les pas du curé et du clergé. A Notre-Dame-de-Courson est encore cultivé un ‘rosier de la Procession’. Dans de nombreux jardins fleurit une rose d'un pourpre sombre, ainsi qu'une autre espèce très mousseuse. Elles sont parfois nommées ‘roses de deuil’. Faut-il relier leur culture aux pratiques de ‘fleurissement’ des enterrements et des tombes au début du XXème siècle? Dans le jardin du presbytère de Lisores était cultivé le ‘rosier de la Communion’. C'est un rosier liane extrêmement vigoureux qui produit des grappes de petites roses simples blanches, à peine rosées à l'éclosion. A l'occasion de relevés botaniques, un rosier semblable a été découvert dans une haie au Mesnil-Bacley. |
 La bannière des filles |
La fête des filles
À l'église les roses sont les fleurs privilégiées des sacristines, les femmes qui ornent les statues et les autels pour les fêtes de la paroisse. Le ‘mois de Marie’, en mai, fait une large place aux roses. A l'église, mais aussi dans les maisons où de petits autels sont dressés, la Vierge reçoit les roses les plus claires, au coloris rose pâle ou blanc. Le 15 août, à Sainte-Marguerite-de-Viette et dans la région de Thury-Harcourt, l'Assomption était l'occasion d'une célébration : la ‘fête des filles’. Les jours précédents, les jeunes filles quêtaient dans les maisons de la paroisse. Le jour de la fête, à la fin de l'office, ceux qui avaient donné à la quête se voyaient offrir une brioche de pain béni piquée d'une rose, rouge pour les hommes et rose pour les femmes. A Saint-Germain-de-Livet, à l'occasion des fêtes thérésiennes, la sacristine jetait chaque année sur les marches une brassée de roses. |
 Des roses pour soigner |
Le cordon au pied d'un rosier
De l'usage officinal de la rose au Moyen Age subsiste, en certains jardins, la rose ‘De Provins’. Bien des grands-mères fabriquent toujours une eau de rose utilisée dans les cas d'affections des yeux. L'application directe sur la paupière pouvait même suffire à les guérir. En pays d’Auge, les femmes se fabriquaient une eau de pétales de roses pour nettoyer leur peau. A la naissance d'une fille, un peu partout en Normandie, il était d'usage d'enterrer le cordon ombilical au pied d'un rosier dans le jardin pour que l'enfant ait une belle voix. Ailleurs, certains l'enterraient de la même façon, afin que la fille ait une belle chevelure. D’autres affirmaient qu’ainsi l'enfant serait en bonne santé.
A Trun, une grand-mère raconte que dans sa famille la coutume est d'enterrer le cordon ombilical au pied du rosier, quelques jours après la naissance, pour protéger les enfants des brûlures. | |
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