Histoires de champignons


Personne ne connaît bien l’histoire des champignons, ils n’ont pas laissé de fossiles. Toutefois, grâce à leur façon de porter leurs spores et à l’architecture de leur chapeau, on peut reconstituer leur histoire. Extraits du montage 'La vie mystérieuse de Russula', réalisé par Montviette Nature en Pays d’Auge en 1993.

La truffe

La Préhistoire des champignons

La truffe serait l’ancêtre des champignons. Elle niche au pied du noisetier et cache ses petits dans son ventre tout rond. Elle les libère au cœur de la terre. Ensuite, les champignons ont fait des progrès, ils se sont élevés au-dessus de la terre, comme l’Helvelle crépue Helvella crispa. Les clavaires confient leurs enfants au vent. L’hydne cure-oreilles Auriscalpium vulgare fait beaucoup mieux en les protégeant au milieu de petites pointes. Il se dit que c’est une charognarde. Il y en a même qui grimpent aux arbres. Ainsi, nous dit la légende, les Oreilles de judas Auricularia auricula-judae seraient restées pendues contre le tronc du sureau.

La vesse perlée

Des champignons à l’air libre

La Vesse de loup perlée Lycoperdon perlatum consomme toute son énergie pour libérer ses spores. Pourtant si peu seront fécondés, si peu rejoindront l’étonnant filet du mycélium, le corps vrai des champignons, cet ourlet presque invisible, ce tissu de lien secret avec les racines des arbres, dans les profondeurs de la terre. L’hydne cure-oreilles a installé son mycélium sur le dos d’une pomme de pin. L’amanite tue-mouche Amanita muscaria préfère vivre avec le bouleau ou le pin. Le polypore du merisier ne peut vivre nulle part ailleurs. Un autre ne cohabite qu’avec le pin sylvestre.

Une russule

Comment protéger ses petits ?

Les bolets ont construit des tubes creux. Mais ce n’est rien en comparaison de cette invention extraordinaire et toujours perfectionnée : les lamelles. Elles protègent et ventilent les spores pour les libérer au moment voulu. Parmi les champignons à lamelles, Russula est une fantaisiste : elle décide de changer de couleur d’une saison à l’autre. Elle embarrasse tout le monde ! Les limaces ne résistent pas à sa parure éclatante. Il ne faut pas la confondre avec les lactaires, ses cousins. Ils forment une drôle de tribu qui produit du lait ! Oh cette odeur ! C’est le satyre puant Phallus impudicus. Son commerce avec les mouches ce n’est pas du goût de tout le monde. Mais c’est une façon comme une autre de se reproduire. A l’état jeune, l’enveloppe contient une 'amande' blanche ayant une saveur de petit pois ou de noisette.

Anthurus d'Archer

Etonnant voyageur !

Originaire d’Australie, l’Anthurus d’Archer Clathrus archeri, a été découvert par un agriculteur de Montviette en allant ramasser les pommes. Comment est-il arrivé là ? Des spores auraient été transportées par la laine des moutons australiens qui étaient importés par un agriculteur des Vosges. L’Anthurus se retrouve autour de Bordeaux, où les bateaux accostaient, et dans la région de l’agriculteur importateur. Son parcours jusqu’à Montviette est encore incertain. L’hypothèse avancée est que les spores auraient été transportées par les soldats allemands depuis l’est, lors de la Seconde Guerre Mondiale. L’armée allemande a en effet occupée le village de Montviette de 1940 à 1944.