Surprenants oiseaux


Certains oiseaux nous laissent un souvenir inoubliable, le temps d’une rencontre. Comme le torcol fourmilier, Yunx torquilla, un jour d’avril à Montviette. Mais est-ce vraiment un oiseau ? Et quels sont ces oiseaux qui ont dévoré et corrompu tous les fruits et infecté plusieurs villes et villages au très grand étonnement du peuple, en 1618 ?

Celui qui tord son cou

Oiseau ou serpent ?

Cet oiseau se reconnaît au premier coup d’œil par une habitude qui n’appartient qu’à lui, de tordre et de tourner le cou de côté et en arrière, la tête renversée vers le dos, et les yeux à demi fermés. Le mouvement est lent, sinueux, et tout semblable aux replis ondoyant d’un reptile. C’est aussi un effort que l’oiseau semble faire pour se dégager lorsqu’il est retenu. Cet étrange mouvement lui est naturel puisque les petits dans le nid se donnent les mêmes tours de cou ; en sorte que plus d’un dénicheur effrayé les a pris pour de petits serpents. D’après les ‘Œuvres complètes de Buffon’, par M. A. Richard, Tome XIX, Pourrat Frères Editeurs, 1834.

Une plume

Des couleurs confondantes

Le torcol est de la grandeur de l’alouette. Tout son plumage est un mélange de gris, de noir et de tanné, par ondes et par bandes, tracées et opposées de manière à produire le plus riche émail avec ses teintes sombres ; le dessous du corps, fond gris blanc, teint de roussâtre sous le cou, est peint de petites zones noires. La queue, composée de dix pennes flexibles, et que l’oiseau épanouit en volant, est variée par-dessous de points noirs sur un fond gris feuille morte, et traversée de deux ou trois larges bandes en ondes. Son bec n’est pour ainsi dire que l’étui d’une grande langue qu’il tire de sa longueur de trois ou quatre doigts, et qu’il darde dans les fourmilières. Il la retire chargée de fourmis retenues par une liqueur visqueuse dont elle est enduite. D’après les ‘Œuvres complètes de Buffon’, par M. A. Richard, Tome XIX, Pourrat Frères Editeurs, 1834.

Yunx torquilla

Sa vie, ses moeurs

Chaque individu vit solitairement et voyage de même ; on les voit arriver seuls au mois de mai. Cette union est-elle de très courte durée, car ils se séparent bientôt et repartent seuls en septembre. Un arbre isolé au milieu d’une large haie est celui que le torcol préfère, il semble le choisir pour se percher plus solitairement. Le torcol se fait entendre huit à dix jours avant le coucou. Il pond dans des trous d’arbres, sans faire de nid et sur la poussière du bois pourri qu’il fait tomber au fond du trou en frappant les parois avec son bec. On y trouve communément huit ou dix œufs d’un blanc d’ivoire. Le mâle apporte des fourmis à sa femelle qui couve, et les petits nouveau-nés, dans le mois de juin, tordent déjà le cou et soufflent avec force lorsqu’on les approche. D’après les ‘Œuvres complètes de Buffon’, par M. A. Richard, Tome XIX, Pourrat Frères Editeurs, 1834.

Jaseur boréal (Illustration K.Mullarney et D.Zetterdtröm, éd. Delachaux et Niestlé)

Histoire admirable et prodigieuse arrivée au pays de Normandie en 1618

À la fin de juillet dernier, il est arrivé une si grande quantité d’oiseaux inconnus que l’abondance en obscurcissait l’air et le rendait ténébreux. C’est chose monstrueuse et fort affreuse que ces bandes d’oiseaux inconnus, venant à voltiger sur ce pays abondant, qui n’étaient qu’amoureux et affamés du pépin qui est au cœur des pommes et des poires, ouvraient et fendaient de leur bec crochu de même que nous voyons ceux des perroquets et sansonnets, sans se repaître d’autre chose que du seul pépin et rendaient pourtant les fruits tellement corrompus et infectés que même les porcs n’en faisaient aucun compte. Il y en a eu quelques uns à qui leur curiosité les a porté de faire quelque essai de savoir si ces dits oiseaux étaient bons à manger, et les ont trouvé d’un goût si amer et une viande si infectée que quelques uns en sont morts peu de temps après en avoir mangé. D’après un fascicule de 12 pages, publié à Paris, Chez Isaac Mesnier, rue St Jacques, Au Chesne verd, 1618.