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Les primevères 'à oreilles' |
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Il faut, pour découvrir ces primevères ‘à oreilles’ ou Auricules, pénétrer, fin avril, dans quelques petits jardins de ‘grand-mères’ et se laisser étonner !...
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 Des fleurs comme poudrées de farine |
Originaires des Alpes
La première rencontre avec les primevères ‘à oreilles’ a de quoi étonner : elles sont bleues porcelaine, caramel, pourpre et les pétales de certaines fleurs sont comme poudrées de farine ! En Normandie, hormis quelques rares collectionneurs, seules les grand-mères détiennent encore aujourd’hui ces plantes devenues si rares. La primevère à ‘oreilles’ ou auricule est une indigène, vivace, originaire des Alpes. Elle doit son nom à la forme de ses feuilles lisses en forme de cornet, appelées aussi ‘oreilles d’ours’. A l’état sauvage, c’est ‘une souche à tiges courtes dont les feuilles charnues sont disposées en rosette. Les fleurs sont parfois recouvertes d’une poussière farineuse abondante. La fleur est un bouquet de 8 à 20 fleurs jaunes et odorantes’. |
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Un peu d’histoire
Ramenée dans le jardin des plantes de Vienne au XVIe siècle par le botaniste Charles Lécluse, cette petite plante discrète des environs d’Innsbruck va se révéler à l’Europe. Elle paraît dans les bouquets peints des œuvres flamandes dès le début du XVIIème siècle. Les tisserands exilés l’emmènent avec eux en Angleterre. Achetées aux flamands puis cultivées dans le nord, de nouvelles variétés aux couleurs raffinées sont présentées à la Cour de France en 1685. Les variétés poudrées apparaissent plus tardivement en Angleterre, résultat de croisements et de mutations. Au XIXe siècle, à Liège, les habitants fiers de leurs collections les présentent sur de petits gradins aux fenêtres ou sur les balcons. La mode gagne Paris, vers 1850, ‘le grand chic est de disposer d’un théâtre d’auricules de cinq ou six tablettes. Le fond de ce théâtre est souvent peint d’une scène ou d’un paysage’. |
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Star des catalogues
Nous ne connaissons rien de l’introduction des auricules cultivées et conservées en Normandie. Elles semblent apparaître tardivement avec la mode des plantes grasses à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Le cultivateur grainier A. Lenormand, installé à Caen depuis 1860, ne cultive que la ‘Liégeoise variée’ qu’il décrit comme ‘extra, plante très jolie mais pas assez cultivée’. Elles figurent à son catalogue de 1909. En 1928, l’établissement Rosette a inscrit à son catalogue des graines d’auricules ‘Liégeoises’ également variées. En 1937, il n’y en a plus au catalogue Le Paysan. On peut s’interroger sur l’abandon de leur culture. En règle générale, il s’agit d’une mode qui passe, de fleurs plus exotiques et plus attirantes vendues sur les marchés qui font oublier les précédentes. |
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Rencontres normandes
Dans la plupart des jardins, elles sont cultivées soit en petites bordures à l’ombre soit, le plus souvent, dans une terrine ou dans de vieilles bassines qui ne servent plus à la maison. Les coloris sont assez variés issus de bleu et de rouge. L’œil de la plante est blanc ou jaune. Il est difficile de classer ces variétés dans un des types précis décrits au XIXe siècle. Les célèbres pépiniéristes Vilmorin et Andrieux leur consacrent plusieurs pages de présentation dans le volumineux catalogue des fleurs de pleine terre publié en 1890. Ils ont proposé quatre variétés : les pures ou ordinaires à ‘coloris bleuâtre ou feu et à œil blanc’, les 'Liégoises à œil jaune ou olive', les 'Anglaises' toujours poudrées, et enfin les doubles. | |
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