Des fleurs à l’église toute l’année


Tel était le souhait du curé de Lisores comme bien d’autres prêtres en Normandie. C’est pourquoi, dans le jardin du presbytère et celui des habitantes, étaient cultivées de nombreuses de variétés de fleurs au début du XXème siècle pour décorer l’église.

L'autel est fleuri

Une bassine devant la porte de l’église

Fleurs et feuillages ont toujours accompagné les fêtes religieuses. Toutefois le fleurissement des cérémonies de la première moitié du XXe siècle a été d’une incomparable richesse. A travers toute la Normandie, les paroissiennes apportent chaque dimanche des fleurs à l’église, sauf pendant le Carême. Le curé et la sacristine imposent un code de couleurs pour l’ornementation des cérémonies et ‘il y avait les bouquets des messes ordinaires et ceux des fêtes liturgiques.’ A Montviette, le samedi ou la veille de la fête, l’épicière installe une bassine remplie d’eau devant la porte de l’église. Les gens viennent y déposer des fleurs coupées et des dames sont chargées de confectionner les bouquets. L’épicière cultive aussi une longue bande de montbrétia dont le feuillage sert à faire les fonds de bouquets.

Le pancrais

A chaque fête ses fleurs

Les roses de Noël et les oreilles d’ours en potée fleurissent la crèche avec des branches de houx ‘fleuri’. Traditionnellement on n’introduit pas de gui dans l’église. A la Chandeleur, les hommes viennent faire bénir un cierge, parfois entouré d’une couronne de crocus, violettes, perce-neige. Il est ramené à la maison et allumé les jours d’orage ou lorsqu’un membre de la famille tombe gravement malade. Jonquilles et narcisses marquent la fête du dimanche de Pâques. A Honfleur a été introduite une plante rare, le pancrais, ou ‘amaryllis de jardin’. Dans de nombreux jardins du pays d’Auge pousse encore l’œillet du ‘Saint Sacrement’, blanc double et très parfumé, ou plus simple marqué d’un liseré pourpre. Avec la ‘laîche’, les roses et les pivoines effeuillées, il participe à ces fêtes prestigieuses du mois de juin où l’on jonchait les rues de roseaux et de pétales de fleurs.

Une brassée de roses

Le tir au bouquet

A l’occasion de la Saint-Jean et dans l’Orne, la Saint-Cyr, on prépare un tas de bois surmonté d’un bouquet juché au sommet d’un mât. Le curé le bénit puis tire au fusil dans le feu ou le bouquet. ‘Le tir au bouquet’ se pratique aussi au cours de mariages ou de fêtes paroissiales. Certains rosiers ont été plus particulièrement choisis et plantés au jardin pour fleurir les fêtes du 15 août. Pour les fêtes Thérésiennes, fin septembre, il fallait s’assurer de la floraison de rares rosiers remontants. A Saint-Germain-de-Livet, la sacristine jette une brassée de roses au pied de la croix dans le cimetière. En octobre se déroule un peu partout en Basse-Normandie la célébration de la Sainte Enfance, bien connue à Thury-Harcourt. Un aster blanc, aux fleurs très fines, est apporté à l’église pour célébrer les nouveaux-nés de la paroisse.

L'androsème

Des fleurs glissées dans le missel

La Toussaint n’a vu fleurir les tombes qu’après 1920, auparavant on utilisait des couronnes de perles colorées. Les chrysanthèmes à grandes fleurs bordeaux, fauves ou blanches s’achètent sur les marchés. D’autres familles vont cueillir de la bruyère dans les bois. Des pensées sont cultivées sur les tombes. Il était autrefois fréquent de glisser dans son Missel un trèfle à quatre feuilles. Les marraines y déposent une ancolie séchée avant de l’offrir à leur filleule. Plus précieux est ce témoignage recueilli en Cotentin : ‘Pour parfumer son Missel, ma grand mère cueillait une plante sur le talus’. Il s'agit de l'androsème, une variété de millepertuis à grosse fleur appelée aussi ‘chasse diable’! C’est grâce à cette volonté imposée par les curés de fleurir les églises et les cérémonies que les jardins se sont enrichis de fleurs nouvelles.