Les ‘chardons à lapins’ et autres plantes du marais


A la Gravelle, le marais est un milieu propice à une flore originale et très diversifiée. La grande variation des conditions d’humidité du sol et de luminosité a en effet permis l’installation de nombreux groupements végétaux. Sous les aulnes et les saules se dressent d’étranges plumeaux verts, des roseaux et des plantes rampantes. Il se dégage des odeurs d’humus, de bois humide et des parfums de menthe et de fougère.

Equisetum sp.

La prêle appelée ‘Queue de renard’

Les prêles sont de curieuses plantes, sans fleurs ni feuilles, souvent appelées ‘queue de renard’ ou ‘queue de rat’. Ce sont les vestiges de la végétation primitive, avant l’apparition des plantes à fleurs. Elles sont constituées d’une tige principale creuse sur laquelle s’articulent de fines tiges secondaires. Elle forme de grandes touffes dans le marais d’avril à novembre. Leurs tiges articulées sont riches en silice. La prêle a été longtemps utilisée dans les fermes augeronnes pour frotter les bidons à lait et le matériel du pressoir. Aujourd’hui, l’agriculture biologique l’utilise en purin fertilisant.

Le cirse maraîcher

Des 'chardons à lapins'

Les plantes qui vivent dans le marais ont besoin de sols très humides pour leur croissance. Elles sont donc gorgées d’eau et très tendres. Le Cirse maraîcher, Cirsium oleraceum, aux feuilles vert clair ‘qui ne piquent pas’, tire son nom du latin ‘oleraceus’ qui signifie ‘employé comme légume’. Ses fleurs très serrées sont blanchâtres. Au contraire le Cirse des marais, Cirsium palustre, se distingue du précédent par ses feuilles ‘piquantes et vert foncé’ et ses fleurs roses. Ces deux plantes sont appelées ‘chardons’ en pays d’Auge. Il était très répandu de les cueillir pour les donner à manger aux lapins. ‘La grand-mère en rapportait des sacs’.

La jonchée au Château de Crèvecoeur

Les carex pour faire la ‘jonchée’

Une famille de plantes très répandues dans les marais est celle des Carex. Ces roseaux tirent leur nom de leur tige qui, au toucher, est carrée. Ces roseaux servaient dès le Moyen Age à fabriquer des ‘sparteries’. Leur nom vient des chaussures des spartiates. A la même époque elles servent à un usage remarquable : coupées, installées fraîches sur le sol de la demeure, elles forment une ‘jonchée’. D’après le Livre des Simples Médecines du XIIème siècle, on y met aussi des feuilles d’iris des marais et de la menthe pour parfumer. Ce tapis végétal permet de recueillir toutes les poussières et les insectes indésirables, de rafraîchir l’air et de garder le sol chaud. La jonchée salie est remplacée par de la fraîche.

Le jonc pour faire des 'glottes'

Du marais à la ferme

Les joncs sont identifiables à leurs feuilles arrondies comme des tiges, dressées et creuses. Cette plante étant imputrescible, elle a été utilisée dans les fermes pour égoutter les fromages. Les joncs étaient tressés en nattes appelées ‘glottes’ en pays d’Auge. Les fromages blancs de livarot, camembert et pont-l’évêque y étaient déposés une journée. L’iris des marais, Iris pseudacorus, dresse sa fleur jaune au bout d’une tige qui peut atteindre un mètre de hauteur. On arrachait le rhizome, que l’on conservait frais ou à sécher. Des morceaux de la racine étaient mis à bouillir avec le linge. Il embaumait le linge d’un parfum proche de la violette. Ses feuilles étaient utilisées lors des processions religieuses en pavée, tapissant le sol foulé par les paroissiens.