Le petit bâti du marais


Le marais de la Gravelle à Montviette est traversé par le douet de Canteraine. Les hommes n’y ont jamais habité : les sols sont trop humides, il est impossible de construire de grands bâtiments, d’y amener des machines. Les seules constructions qu’on y trouvait étaient petites, discrètes : fontaines, bélier, ponts et retenues d’eau.

La fontaine de la Gravelle

Les fontaines pour capter l’eau

Le douet de Canteraine grossit considérablement lors de son passage au marais car un grand nombre de sources jaillissent dans le marais. Deux d’entre elles ont été aménagées en fontaines pour utiliser leur eau. L’eau de la fontaine de la Gravelle était utilisée pour la consommation. Une habitante se souvient : ‘On n’avait que cette eau là pour boire. C’était la meilleure car à l’autre fontaine, chez Armand, elle faisait blanchâtre. Autour de la fontaine, il y avait un enclos qui empêchait les bêtes d’approcher. Il y avait du caillou et une partie cimentée en carré qui protégeait la fontaine’. Aujourd’hui, il est encore possible d’apercevoir au bord du chemin du marais, le petit muret de pierre qui marque l’emplacement de la fontaine, d’où s’échappe un filet d’eau limpide.

Schéma du bélier hydraulique

Le bélier hydraulique, un système écologique

Avant 1968, il n’y avait pas d’eau courante à Montviette. Les habitants utilisaient l’eau des puits, des citernes, plus souvent l’eau des mares et des sources. Dans le marais, l’eau des sources était captée par des fontaines ou des béliers installés en contrebas d’une source. Un de ces béliers existe toujours le long du chemin du marais. Le bélier hydraulique a été inventé en 1792 par les frères Montgolfier. Très utilisée au XIXe siècle et au début du XXe, cette machine très ingénieuse fonctionne sans apport d’énergie extérieure. La pression créée par la pente entre la source et le bélier permet de remonter l’eau plusieurs dizaines de mètres plus loin. Une fois lancé, il ne s’arrête plus ou très rarement. De nombreux béliers sont encore visibles dans le pays d’Auge, mais peu sont encore en activité depuis l’adduction de l’eau courante dans les campagnes.

La retenue d'eau à la Trigalle

Des constructions sur le ruisseau

Tout le long de la Canteraine, il est encore possible d’observer les aménagements créés pour maîtriser l’eau. Ainsi, de nombreux ponts ont été construits dans le marais pour franchir le ruisseau, dont le Pont à la Brebis. L’un des ponts a été construit avec trois éléments d’un tour de pressoir. Le propriétaire des parcelles situées de chaque côté de la Canteraine avait installé ‘3 jattes retournées sur le ruisseau pour le franchir avec un véhicule et le cheval’. Des retenues d’eau en briques sont encore visibles sur la Canteraine. Elles avaient des fonctions diverses : lavoir, réservoir, vivier… Dans les grandes vallées augeronnes, ces retenues d’eau permettaient parfois le ‘baignage des prés’. On inondait les parcelles en fermant les vannes de la retenue. Cette technique, pratiquée jusque dans les années 1950, permettait d’irriguer et d’enrichir les prés grâce aux sédiments véhiculés par les eaux des rivières.

La 'teurque'

Une voûte pour la crème

L’été, lorsqu’il faisait chaud, il était difficile de conserver la crème et le beurre que l’on venait de faire. Le marais, avec son ruisseau et l’ombre de ses arbres, restait toujours frais. Des habitants de Montviette qui avaient un petit pré dans le marais ont imaginé qu’ils pourraient stocker leur crème fraîche à cet endroit, au bord du ruisseau. Ils ont alors construit dans les années 1940 une ‘voûte en bois et recouverte de terre’, pour abriter la précieuse denrée. Cette voûte était montée avec des matériaux crus, prélevés sur le terrain. Elle ne subsiste plus aujourd’hui que dans la mémoire de quelques habitants de Montviette.