« Pucher » l’eau de la mare


Jusqu’à l’arrivée de l’eau courante, en 1970, l’eau des mares était, avec celle des citernes, des puits et des fontaines, la seule eau disponible pour la maison.

La mare fournit l'eau de la maisonnée

'La mare à l’eau'

À Montviette, au sommet du plateau, un champ porte le nom de 'mare à l’eau'. On y trouve deux mares : l’une ouverte pour les bovins, l’autre, la 'mare à l’eau' est protégée d’une haie pour empêcher l’accès des animaux. Son eau était réservée pour la maison. Ailleurs en pays d’Auge, on trouve la 'mare nette', la 'mare close' ou la 'mare claire'. Leur eau servait à boire mais aussi au four à pain et à la bouillerie. La mare nourrissait la maisonnée. "Il y avait du cresson dans les mares fraîches. En hiver, on mangeait du cresson en salade le dimanche. Quand on l’épluchait, on rejetait les racines à la mare". Dans les mares étaient élevés les canards et les tanches. On y pêchait aussi des grenouilles. Mais depuis 1993, la capture des amphibiens est interdite.

Quand la mare se brouille...

'Pucher' l’eau pour le jardin

"On avait une belle mare au bout du jardin. Là, on 'puchait' un petit peu d’eau. On arrosait un peu tout, les carottes, les choux, les haricots. L’oignon, ça ne s’arrose pas. Les tomates, on n’en faisait pas, il faut trop d’eau. On lavait les poireaux et les pommes de terre à la mare, ensuite on les rinçait avec une eau propre." La mare est un bon baromètre. "Quand il pleut et que la pluie fait des bulles à la surface des flaques d’eau, c’est signe d’eau encore à venir". "Quand l’eau de la mare est brouillée, c’est signe d’orage". Quand il y avait de l’orage et qu’une mare se remplissait, on croyait que c’était l’arc-en-ciel qui avait vidé une mare située à l’autre bout de l’arc.

Couler la lessive

Pour 'couler la lessive', on utilisait l’eau de pluie ou l’eau de la mare. Auparavant on avait gardé à part dans un sac la cendre de bois de frêne et de pommier brûlés dans la cheminée. Dans le grand cuvier en bois placé sur un trépied, on disposait le linge, puis on le recouvrait du 'charrier' (grosse toile). Par-dessus on répandait la cendre. On versait ensuite peu à peu l’eau chaude avec un 'pucheux'. Emporté sur des brouettes, le linge était rincé au lavoir installé sur la mare.

La mare et la mort

Aux XIXe et XXe siècle, les suicides sont fréquents en pays d’Auge. Traditionnellement, les hommes se pendent, les femmes se jettent dans le puits ou dans la mare. Les journaux citent aussi de nombreux exemples d’enfants noyés accidentellement dans les mares. Pour les en éloigner, de terribles personnages étaient évoqués : le croquemitaine, "un bonhomme avec une musette qui ramasse les gamins qui jouent autour de la mare", ou encore le 'père Tirepied' ou le 'père Tirepatte'.