A la recherche du Melon de Honfleur


Melon de Honfleur, melon de Lisieux ou de Notre Dame de Courson, autrefois cultivé en plein champs, ce fabuleux melon a-t-il définitivement disparu ?

Gravure melon

Description par Vilmorin Andrieux

Plante très vigoureuse, à tiges très ramifiées… Floraison extrêmement soutenue… Fruit très gros allongé, à côtes assez marquées, finement brodé sur toute la surface, prenant à maturité une couleur jaunâtre un peu saumonée. Chair orange assez épaisse. La longueur du fruit peut atteindre facilement 0,35 m à 0,40 m… Maturité demi-tardive.

Melon de Honfleur

Une culture parfaitement adaptée

Il était cultivé sur les coteaux les mieux exposés au soleil autour de Lisieux, Honfleur, Orbec et jusque dans certaines vallées de l’Eure. A Orbec et à Honfleur de petits fabricants de cloches à melon sont signalés à la fin du XIXe siècle. Ces cloches étaient faites d’une armature de petit bois léger et de papier huilé. Des soins tous particuliers lui sont apportés pour favoriser son bon développement et sa maturation. Quand le melon se développe et court sur le sol, il doit être pincé. A Tordouet, un ancien éleveur réservait le fumier de ces moutons pour la culture du melon de Honfleur en pleins champs. Près de Saint-Pierre-sur-Dives, on plantait les melons dans l’orge pour les protéger du vent. On répandait de la brique pilée à leur pied pour obtenir de plus beaux fruits. Lorsqu’il arrivait que des melons se fendent après une pluie, on saupoudrait du sucre dans la fente.

Gravure de melons

La foire aux melons de Saint-Gourgon

Les melons achèvent de grossir isolés du sol, protégés par des tuiles. Ces énormes fruits sont mûrs début septembre et donnent l’occasion à de grandes foires dans tout le pays d’Auge. La plus célèbre était alors la Saint-Gourgon, le dimanche le plus près du 9 septembre, à Saint-Julien-de-Mailloc. Transportés dans des tombereaux, couchés sur de la paille, les fruits étaient descendus des coteaux environnants et de bien plus loin encore. C’était l’occasion d’une grande fête, animée par les attractions habituelles, la vente de cidre et des jeux autorisés. Curieux, acheteurs, cultivateurs s’y rendaient. Les plus anciens se souviennent avec émotion : ils pouvaient peser jusqu’à 10 livres ! Ils étaient délicieusement sucrés, même aussi gros ! Servis aux repas de fêtes, crus ou parfois cuits en compote. C’était le régal de la saison !

Melon bergheim

On perd sa trace

La foire de Saint-Gourgon a pris fin avec la guerre de 1914-18, comme toute la culture du melon en pays d’Auge. Les labours de plein champ ont accueilli du blé. Après la guerre, les augerons n’ont eu aucun enthousiasme pour reprendre sa culture : il fallait d’abord reconstruire l’économie du pays. Venues du Sud, des variétés plus faciles à cultiver ont conquis les marchés normands. La variété 'Sucrin de Honfleur' n’a pas été préservée. Les Normands ont sans doute perdu alors leur célèbre melon. D’autres melons produits à la même époque, mais moins réputés, ont continué d’être cultivés dans quelques jardins de Normandie. Le Prescott à fond blanc, le melon de Bellegarde et le Noir des Carmes sont encore bien connus de quelques vrais amateurs.