Les vertus de la pomme


La pomme, le cidre, le vinaigre sont devenus les produits fameux du Pays d’Auge. Ils ont progressivement été utilisés pour soigner bêtes et gens. La mémoire populaire conserve les nombreux usages de la pomme, du cidre, de l’eau-de-vie, du vinaigre.

Le fourchet des bovins

La 'blée' de terre dans le fourchet d’un pommier

Le fourchet était une maladie redoutée par les fermiers. C’est une 'échauffaison' entre les doigts des bovins. La pratique la plus répandue consiste à se lever avant la bête malade, regarder où elle pose la patte malade, lever la 'blée' de terre avec un 'louchet' et la mettre dans le fourchet d’un pommier du côté du soleil levant. Quand le gazon est sec, le fourchet est guéri. Outre ses vertus pour guérir les verrues, la pomme servait aussi aux jeunes filles qui voulaient deviner qui serait leur fiancé. Elles pelaient une pomme en une seule fois. Elles jetaient la pelure par terre qui dessinait une lettre : l’initiale du fiancé. A Montpinçon, pour empêcher les enfants de voler les pommes du cimetière, on leur racontait que dans ces fruits étaient enfermés les cheveux des morts.

Du cidre chaud pour faire délivrer la vache

Partout en pays d’Auge, on a coutume de donner du cidre chaud pour faire délivrer la vache. "Les vaches aiment le cidre", disent les éleveurs. Au veau qui vient de naître on donne aussi du cidre à boire et on le frictionne avec. On attrape les guêpes et les mouches en laissant du cidre dans une assiette dans le jardin. On nourrit les poussins de pain émietté et trempé dans du cidre : c’est faire la 'piquette'. Les dindes, c’est difficile à élever. Au départ on leur donne du pain trempé dans du cidre, du persil haché tout fin et bien mélangé. Puis, quand leurs boutons sont prêts à sortir, vers l’âge de deux mois, de la farine et du poivre.

Un 'flip' ça réchauffe

Le 'flip', c’est du cidre doux pas encore paré (fermenté) que l’on fait chauffer, avec du sucre et un peu de goutte vieille de quelques années. Pour passer la fièvre, il faut le boire tout chaud et se coucher aussitôt. Le malade transpire et la fièvre tombe. Cette recette est connue dans toute la Normandie. Un bouilleur de cru de l’Orne raconte : "La mère-goutte, le premier alcool qui sort de l’alambic, ça n’est pas bu, ça sert à soigner les blessures." Une goutte d’eau-de-vie sur la langue avant de manger le rôti, ça aide à digérer. Dans les fermes, il arrive parfois que les poussins étouffent. On dit qu’ils ont des vers dans la gorge : c’est le 'rhalet'. La fermière leur badigeonne alors le gosier de teinture d’iode ou d’eau-de-vie. "Ça tue les vers !"

Pour sevrer le poulain

Le vinaigre de cidre, c’est le plus efficace

Pour passer la migraine, il était d’usage de se frotter les tempes ou d’appliquer sur le front un mouchoir imprégné de vinaigre. Pendant la guerre, on n’avait pas d’autre moyen de traiter les poux qu’avec du vinaigre. Dans la région de Pont-l’Evêque, les anciens se souviennent avoir appliqué le vinaigre sur les coups de soleil et les brûlures. Dans le sud du pays d’Auge, on pose des feuilles de lierre macérées dans du vinaigre de cidre sur les verrues. Et on prétend que "boire du vinaigre, ça fait maigrir". Pour sevrer les poulains, on mettait de l’argile et du vinaigre sur les mamelles de la jument. Cette pratique était connue aussi pour passer le lait des chattes et des chiennes. En 1952, face à l’épidémie de fièvre aphteuse, on est parvenu à soulager les animaux en leur badigeonnant la bouche de sel et de vinaigre.