Utiliser les déchets en Pays d’Auge


Les « élagures », les lavures de vaisselle, la vase des mares, rien de tout cela n’était perdu pour les habitants du Pays d’Auge avant 1960. Tout ce qui était produit par la haie, la mare ou la maisonnée était valorisé.

La haie morte

Les 'élagures' sont les branchages coupés lors de la taille de la haie. Elles sont utilisées pour réaliser des haies mortes ou sèches. La haie morte est utilisée pour réparer une brèche dans la haie vive ou pour clore un jardin. Pas un oiseau ne passe. Elle est refaite tous les 7 ou 8 ans, en orme ou en chêne. On plaçait d’abord au centre des épines puis de part et d’autre des branches provenant de l’élagage et appelées 'affiches'. Elles étaient maintenues par deux gaules fendues et placées de chaque côté de la haie horizontalement. On introduisait alors les deux montants de la machine dans la haie en appuyant la vis de serrage sur la première gaule appelée 'liure'. On installait enfin le sabot sur la liure extérieure et on serrait l’ensemble.

Monter la garenne

Traditionnellement en pays d’Auge, une partie des branches venant des élagages est dressée pour faire une garenne. Presque chaque ferme a la sienne, proche de la maison. Pour attraper les lapins qui s’y sont installés, on dresse un grillage tout autour à quelques mètres. On lâche un chien dans cet enclos. Les lapins sont capturés quand ils se jettent dans le grillage et assommés. Le fagot est fabriqué avec les 'élagures' 'au métier', alors que les fascines sont serrées au pied, liées au coudre. On faisait des fascines de pommier car son bois est si tordu qu’on ne peut en faire des fagots. Ces fascines servaient d’allume-feu dans la chaudière de l’alambic ou à la laiterie. On fournissait au boulanger du Billot, pour son four, la 'charbonnette', les petites branches qu’on ne met pas dans le fagot. On les portait en vrac sur un 'charti'.

Les balais pour ramasser les feuilles

La boue et les feuilles des chemins

Les boues et les feuilles des chemins étaient utiles aux fermiers. Ils ont même fait l’objet d’une délibération du conseil municipal du 12 février 1903, en réponse à une plainte adressée au préfet à propos du séjour des feuilles sur les chemins : "Depuis plus de 100 ans, il est d’usage dans la commune de Montviette de vendre les boues des chemins et de laisser séjourner les feuilles sur la chaussée pendant environ une huitaine de jours selon le temps et que la circulation n’en a jamais souffert." Le balai d’aubépine était employé pour balayer les feuilles sous les haies. Au jardin, chaque automne, les carottes étaient protégées avec ces feuilles. Tous les ans on vidait la mare. On jetait la vase sur les bords où l’on avait mis des fagots pour éviter que la vase redescende. On l’étendait dans le champ pour la faire sécher.

Les 'épluches' pour élever les lapins

Ce que la famille ne mangeait pas servait à élever les animaux de la ferme. Les épluchures de légumes étaient données aux lapins. On mangeait les feuilles du chou et on donnait la tige aux lapins. Après la récolte des pommes de terre, on triait la 'grenaille', on en cuisait une marmitée qu’on donnait aux cochons. Ils étaient aussi nourris avec les épluchures et les lavures de vaisselle. La fermière, après avoir fait le beurre, mélangeait le petit lait et le lait de beurre à la farine d’orge et des orties coupées, et donnait le tout au cochon. Dans une famille augeronne, on mangeait la première oie à la Toussaint. "Elle va être bonne" disait la mère de famille, car l’oie était engraissée avec tous les fruits tombés sous les pommiers dans la cour de la maison.