Les petits métiers de la forêt


Jusqu’au XI° siècle, les forêts de chêne, de hêtre et de bouleau recouvraient la majeure partie du Pays d’Auge. Les défrichements ont permis d’ouvrir des champs pour cultiver les céréales. Les plus beaux arbres étaient utilisés pour des travaux de gros œuvre. Les bois de moindre qualité servaient à une multitude de petits usages qui ont donné naissance à des métiers uniques. D’après J.Maneuvrier et M.Cottin « Les petits métiers de la forêt », Histoire et Traditions Populaires Le Billot.

Des fagotiers

Les 'bousilleurs'

Le nom 'bousilleur' désigne les hommes et les femmes vivant dans la forêt, utilisant des bois de rebut, des branchages ou des écorces. Les fagotiers lient en fagot les petites branches. Les marchands de balais coupent la bruyère, le genêt et les repousses de bouleau. Les cerclaires ou cercliers fendent le bois blanc : le bouleau, le frêne, le saule ou le châtaignier pour la fabrication des cercles de tonneau. Les fendeurs de merrain fendent des bois durs pour faire des douves de tonneau ou des bois d’essartage. Les vieux bûcherons qui n’ont plus la force d’abattre les arbres se contentent de fendre des lattes pour les toitures. Leur cadre de vie et leurs conditions de travail sont très mal connus par manque de documents d’archives.

A la tannerie

Les écorceurs de tan

Les tanneries, importées dans le pays d’Auge par des moines au XIe siècle, étaient de grandes consommatrices d’écorce de chêne nécessaire à leur industrie. Il n’est donc pas surprenant que briquetiers, bûcherons, petits cultivateurs aient ajouté la récolte du tan à leur activité principale. Pour prélever le tan, on sciait le chêne à un mètre du sol, en ayant soin de ne pas séparer le fût de la partie restant en terre. L’arbre formait alors avec le sol un angle d’environ 45° et il était aisé d’ôter l’écorce en utilisant une cuillère métallique ou un os de mouton taillé en sifflet. Ce travail était souvent effectué par les enfants. L’écorce était prélevée au mois de mai, époque où l’arbre est en pleine sève.

Les charbonniers

Le charbonnier disposait soigneusement, autour d’une cheminée centrale formée de longs piquets, des rangées de rondins ou 'triques' sur un, deux ou trois étages. Ensuite, il recouvrait la meule de feuilles mortes, de mousse, de mottes de gazon et de terre battue. Au ras du sol, il aménageait des évents pour favoriser l’allumage. Il jetait du bois sec enflammé dans la cheminée centrale. Au début, la fumée s’élevait dense et opaque : c’est la suée. Peu à peu elle devenait transparente. Le charbonnier obstruait alors la cheminée et les évents. A un pied à partir du sommet il pratiquait de nouvelles ouvertures. Dès que la fumée s’éclaircissait, il bouchait ces évents et en créait un pied plus bas et ainsi jusqu’en bas de la meule. Il la laissait refroidir puis la démolissait soigneusement pour recueillir le charbon de bois.

Les fours à briques

Dans les bois du Billot, des fours à briques sont encore visibles. Ils sont creusés à un mètre de profondeur, l’entrée du four est arrondie. La cuisson nécessitait de telles quantités de bois que les fours ont été édifiés dans la forêt même. L’argile était tassée dans des moules à briques, séchée puis mise à cuire. Cette activité s’est développée au XIXe siècle avec la forte demande des propriétaires qui, s’enrichissant, ont construit ou agrandi des bâtiments en utilisant un matériau à la mode : la brique.