La vouède, la gaude et l’écarlate…


Elles ont donné ses couleurs à la Normandie. Vouède, gaude et écarlate : ces trois plantes tinctoriales ont été cultivées dès le Moyen Age sur l’ensemble de la Normandie. Elles produisaient les trois couleurs primaires : le bleu, le jaune et le rouge. L’introduction de plantes tinctoriales rapportées par les expéditions maritimes à partir du XVIIe siècle a progressivement mis fin à la culture des plantes locales.

Pastel en fleurs

La vouède, wouède ou guède

La vouède, Isatis tinctoria, n’a pas vraiment d’orthographe ; chaque auteur en fait à sa guise avec ce mot. De cette plante appelée 'pastel' dans les régions méridionales, on tire la couleur bleue et même le noir, parfois des verts en combinaison avec d’autres produits. L’auteur de la 'Nouvelle Maison rustique' de 1762 précise que «"la vouède est une espèce de petit pastel qui vient particulièrement en Normandie". Pour parvenir à maturité, elle doit être ensemencée en terre bien labourée. Pour cette raison, on a longtemps pensé qu’elle n’était cultivée qu’en région de plaine. Or, des chercheurs explorant le fonds ancien de l’abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives ont mis au jour l’existence de moulins à vouède en pays d’Auge. A Lisieux, la guède figure dans la copie des droits de Coutume. Elle est encore mentionnée dans les flores de Corbières et de Brébisson au début du XIXe siècle.

Culture et préparations de la vouède

Semée en février dans les jardins ou sur les terres labourables, elle se récolte l’été au fur et à mesure que le bord des feuilles vire au bleu. Le broyage des feuilles puis le façonnage en tourteaux mis à sécher se faisait sur le lieu de culture. Cette opération se faisait à l’aide d’un pressoir ou moulin : "Le moulin consiste en une ouverture faite dans le sol d’un pied et demi de profondeur sur un cercle d’environ deux toises de diamètre qui est pavé avec des pierres placées sans maçonnerie. On y met une roue en bois qu’un cheval tourne pour piler et broyer la vouède. L’ouvrage se fait deux ou trois fois par an ; après quoi la roue est ôtée et serrée sous quelque appentis." Un moulin en ruine est signalé au début du XIXe siècle à Luc-sur-Mer. La vouède fut encore cultivée en Haute-Normandie en 1870-1880, avant de s’éteindre complètement.

La gaude ou réséda des teinturiers

Le jaune est extrait de la gaude, Reseda luteola, cultivée autour des grandes industries drapières normandes. Sa culture a été abandonnée progressivement avec l’arrivée de teintures originaires d’Orient et d’Amérique du Sud. L’espèce peut encore se rencontrer à l’état sauvage en Normandie, en compagnie du réséda jaune, le long du littoral et des terrains calcaires.

La garance

La graine d’écarlate

La plante à faire le rouge s’appelle la garance, connue en Normandie sous le nom d’ 'écarlate'. Cette plante de la famille des gaillets est cultivée dès le XIIe siècle autour de Brionne. Un commerce important en est fait dans les ports de Caen et de Rouen. La graine de cette plante, d’origine méditerranéenne, ne parvient pas à se reproduire en Normandie. Elle devait donc être importée du sud de la France. La racine qui donne la couleur rouge est arrachée tous les trois ans. Comme la vouède, elle ne se naturalise que difficilement et disparaît de la végétation normande dès qu’elle cesse d’être utilisée dans l’industrie.