Les plantes alimentaires de la guerre


Le mauvais temps, les crises économiques et la dernière guerre ont amené au jardin des plantes qui n’y avaient jamais été cultivées auparavant pour remplacer les légumes manquants.

Le pain de pomme de terre

La pomme de terre n’a pas été facilement adoptée par les Normands. En 1766, Jean-François Mustel, agronome rouennais, avait fait cultiver près d’Alençon puis de Lisieux les premiers tubercules de pomme de terre. Il invente dans le même temps au temps de l’Occupation une recette de pain de pomme de terre appelé 'pain économique' dont les Normands se souviendront près de deux siècles plus tard. Lors de la dernière guerre, "tout le monde était obligé de laisser un coin de terrain aux gens pour faire des pommes de terre".

De gros haricots

Certains légumes peu appréciés auparavant reviennent avec la guerre. Les haricots ‘Soissons’ à très gros grains sont apparus dans les jardins en 1940. Les fleurs de salsifis, les boutons de capucine entrent dans la salade "lui donnant un goût poivré surprenant et agréable". Sur le marché de Vimoutiers, on faisait passer des racines de consoude pour la scorsonère ‘géant de Russie’ ! "Au pensionnat à Livarot, à la rentrée de 1940, on nous servait au réfectoire des bettes juste cuites dans l’eau, sans aucun assaisonnement. C’était particulièrement mauvais !"

Sachet de rutabaga

Ces 'fameux' topinambours

Le topinambour, cultivé dans la région de Falaise tout au long du XIXe siècle, ne servait qu’à la nourriture des cochons. Durant la Seconde Guerre mondiale, il sera très largement consommé, avec le rutabaga. "A la crème, à la vinaigrette ou avec seulement de la moutarde, accompagné de pommes de terre cuites à l’eau qui remplaçaient alors le pain. On a mangé des rutabagas en frites. Rien n’était perdu : les tiges et les feuilles étaient données aux lapins." Le panais a aussi beaucoup été consommé pendant cette crise alimentaire.

Carotte violette et carotte jaune

Quand le sucre manque…

Quand le sucre vient à manquer, on se souvient d’une recette ancienne d’un sirop capable de remplacer le sucre : la 'compote'. La 'compote' ou 'sirop' se prépare avec du cidre frais que l’on met à bouillir doucement dans un grand chaudron. On y ajoute ensuite des morceaux de pommes à cidre. Après un jour et une nuit de cette lente cuisson, on obtient un sirop très épais, brun doré. Il est conservé dans des pots en grès au frais. Il était mangé comme des confitures ou mis dans du pain pour le sucrer. On faisait également une confiture de carottes à confiture, des carottes violettes auxquelles on ajoutait un quart de pommes sures.