Quand le facteur allait à vélo...


Les chemins creux ont été créés pour permettre le déplacement des habitants de leur maison à l’église ou au marché. Les officiels les empruntaient pour porter les nouvelles aux familles. Les cortèges joyeux ou tristes y défilaient. Enfin, c’était le terrain de jeux de tous les enfants.

Le marché de Livarot

Porteurs de bonnes ou mauvaises nouvelles

Les chemins permettaient aux représentants de l’Etat ou des pouvoirs publics de rendre visite aux familles. C’était parfois des visiteurs porteurs de mauvaises nouvelles qui débouchaient du chemin dans la rade. Le médecin venait seulement pour les cas graves. Les hommes partaient chercher le médecin. "Il fallait aller à la place." Mais le jeudi, jour de marché, le médecin ne se déplaçait pas. Pour trouver le vétérinaire, il fallait aller à Livarot à vélo ou à pied. Quand ces professionnels arrivaient dans une maison, ils demandaient : "Qui va me payer ?" Les malades recevaient aussi la visite du curé, qui en profitait pour récupérer le denier du culte.

Le porteur de nouvelles

Le facteur venait à bicyclette ou à pied porter le courrier. C’était souvent l’occasion de partager un moment avec les habitants. Il mangeait à plusieurs places ; il y avait buvette et collation. Un ancien facteur se souvient : "On était bien reçus mais on en refusait souvent." A l’époque il n’y avait pas beaucoup de courrier et pas ou peu de journaux. "En septembre-octobre, quand il y avait les élagages, ça m’arrivait de crever trois à quatre fois par jour. Ça m’est arrivé de porter mon vélo pour ne pas crever." Quand il y avait de la neige, le facteur allait à pied, il prenait des raccourcis à travers les herbages. Le garde-champêtre portait les convocations. A partir de 1940, il a informé les habitants de la réquisition du bétail avec "ses papiers à douleurs" comme les appelaient certaines personnes.

Les chemins voyaient passer les événements de la vie

Lors des fiançailles, les futurs mariés allaient inviter ensemble garçon et fille d’honneur. Ils allaient à la maison ; on leur indiquait avec qui ils allaient être et on partait en cortège. Le jour du mariage, les mariés et leurs familles se déplaçaient en carriole. Les chevaux portaient un ruban blanc de chaque côté de la têtière et parfois on décorait la carriole. A l’occasion d’un décès, le curé et les petits clercs allaient chercher le corps avec le corbillard ; la famille suivait ; les amis tenaient les cordons de chaque côté du corbillard. Avec les pompes funèbres, le curé a arrêté de venir aux maisons.

Les "Robins des Bois du Pays d’Auge"

Les "Peaux-Rouges", Robin des Bois et autres récits du XXe siècle avaient donné l’idée aux enfants de fabriquer des arcs et des flèches en noisetier. La corde était une simple ficelle de "lieuse" (ficelle qui liait les bottes de foin avant celle en plastique bleu). Souvent les flèches étaient décorées de plumes taillées. Il suffisait d’être suffisamment adroit ou convaincant pour se saisir de la plus belle plume du coq de la ferme. On partait alors par les chemins conquérir de nouveaux territoires. Le marais de la Gravelle était la terre la plus convoitée. Parfois les jeux tournaient à la blague, aux dépens des utilisateurs des chemins. Dans les sentiers, ils attachaient plusieurs herbes hautes ensemble pour faire tomber les passants.