La toponymie des chemins de Montviette


Le chemin porte le nom de là où il mène. En pays d’Auge, beaucoup de chemins portent le nom de la famille qui vit au bout. Mais pour les autres chemins, l’origine du nom se trouve dans leur environnement ou l’histoire d’un lieu. D’après Dominique Fournier, linguiste, et Christophe Maneuvrier, historien.

Les noms liés aux arbres

A Montviette plusieurs chemins portent le nom des arbres qui constituent les haies ou les parcelles attenantes. Le chemin de la « verneusse » conduit à l’aunaie de la gravelle, le mot gaulois « verna » signifiant « aulne ». Les haies du chemin de l’épinette sont constituées en grande partie d’épines : le prunellier et l’aubépine. L’ancien français « espinete » désigne un buisson épineux, utilisé en Normandie pour les deux arbres. Le chemin de la boulaie tient son nom des bouleaux qui devaient couvrir les terres alentour. Une ancienne culture a aussi laissé sa trace dans la toponymie locale : le chemin des vignes. En effet, au VIe siècle la culture des vignes est signalée autour de Lisieux. Le lieu-dit les vignes à Montviette atteste aussi de la présence de cette culture dans le village.

Le relief donne son nom à des chemins

Le chemin de l’orée, situé sur le plateau de Montviette et long de 4 km, marque la limite entre l’espace cultivé « l’ager » et les zones de pâturages, « le saltus ». Le chemin du bois de l’enfer conduit à un lieu difficile. Le chemin de la hoguette grimpe la « petite butte » qui lui donne son nom. En haut de ce chemin se trouve une ancienne ferme fromagère et cidricole. Marguerite se souvient que lors de la dernière guerre, « les Anglais ont bombardé les cuves à eau-de-vie. La goutte dévalait le chemin de la hoguette ».

La vie spirituelle a laissé son empreinte

A la gravelle, le chemin de l’église longe ce bâtiment désaffecté depuis la Révolution et conduit au « champ au prêtre ». Dans le bourg de Montviette, le chemin de l’aumône longe la cour de l’aumône et mène à l’actuelle mairie. Le « champ au prêtre » et la « cour de l’aumône » témoignent d’une ancienne coutume qui consistait à laisser des terres au curé pour subvenir aux besoins des pauvres. Le chemin de blanvatel jette le promeneur dans la débauche de la trigalle. A ce carrefour s’élevait un établissement peu recommandable où la nourriture, la boisson et la luxure étaient à l’honneur !

Tous les chemins mènent à l’eau

La commune de Montviette est traversée de quatre chemins qui mènent à l’eau. Le chemin du « pissot » conduit à une « petite pissée », un petit ruisseau. Le pilon est un « douet », nom local pour ruisseau, qui a également donné son nom au chemin qui y conduit. Dans le bourg le chemin qui part de l’église et qui longe l’ancienne épicerie porte le nom « chemin des fontaines ». A la gravelle, le pont à la brebis enjambe le « douet de canteraine ». Son nom atteste de l’élevage de moutons au Moyen Age, bien que cet élevage n’aie pas perduré.